« Pour ma part, je suis convaincu que l’aspiration fondamentale de chaque être humain, du berceau à la tombe, est de trouver au moins un autre être humain avec qui il peut être tout à fait lui-même, sans prétention, sans défense, une personne de confiance qui ne le blessera pas puisqu’elle s’est placée dans la même situation.»
Parfois, une phrase suffit. Je l'ai lue un jour et quelque chose s'est posé en moi.
Pas parce qu'elle parle de dépendance.
Mais parce qu'elle touche une dimension profondément humaine.
Dans mon travail, je rencontre des êtres humains qui l'ont oubliée. Qui se sont tellement habitués à se cacher qu'ils ne savent plus très bien qui ils cachent. Je les comprends.
Ce texte est pour eux, pour moi…
Et peut-être pour vous.
Il y a des choses qu'on porte depuis longtemps sans pouvoir les nommer.
Des endroits de soi qu'on a appris à contourner. Parfois à travers la dépendance, parfois autrement.
Mais derrière plusieurs façons d’être, il existe aussi quelque chose de beaucoup plus silencieux :
Une difficulté profonde à être tout à fait soi-même.
Pour cette raison, la sexualité de beaucoup est devenue source de tension intérieure plutôt qu’un espace de liberté.
Non pas parce que la sexualité est mauvaise, mais parce qu’elle a été vécue à travers la peur, la honte, la culpabilité, le silence ou les questionnements demeurés sans réponse.
Parfois, certaines choses peuvent rendre la sexualité plus facile à vivre... et ça semble normal.
J’ai moi-même réalisé, à un moment de ma vie, que certains de mes comportements — sexuels ou non — étaient liés à l’usage de substances. Cela m’a pris plusieurs années avant d’en prendre conscience, parce que je ne m’étais jamais questionnée à ce sujet auparavant.
Ce qui m’amène à l’intersection de sexualité et substances.
Un verre, un high, une pilule ou autre chose pour mieux…
Se sentir à l’aise
Sortir de sa tête
Être dans le mood
Se laisser aller
Profiter
Mon intention ici n’est pas de dire quoi penser, quoi faire, ni de déterminer ce qui est acceptable ou non. Mais plutôt d’ouvrir un espace de réflexion libre.
Parce que parfois, simplement en devenant conscient, quelque chose commence déjà à changer.
J’ai observé qu’il existe, par instants, différentes façons de rendre la sexualité plus facile. L’usage de substances est l’une d’elles alors que parfois, on apprend à performer. À contrôler. Fuir. Éviter.
Cela peut, par moments, conduire à une coupure progressive de soi-même… et derrière cela, il existe un besoin humain fondamental :
Être vu et aimé pour ce que l’on est
Quand une partie de soi apprend à se cacher
Parfois, la souffrance s’installe à travers la relation que l’on entretient avec la sexualité.
Quand une personne ne peut pas parler librement et sans jugement de son vécu, quelque chose se comprime intérieurement même si le corps continue de ressentir et que les besoins continuent d’exister.
Certaines personnes me décrivent l’impression de vivre « déconnectées » d’elles-mêmes.
D’autres se disent divisées entre ce qu’elles font, ressentent et ce qu’elles croient avoir le droit d’être.
Avec le temps, cela peut créer beaucoup de solitude.
Être vu sans se cacher
J’en suis venue à réaliser que l’une des expériences humaines les plus puissantes consiste simplement à
Pouvoir parler librement en étant vraiment soi-même.
Lorsqu’un espace suffisamment sécuritaire existe, plusieurs personnes réalisent qu’elles ne sont pas seules.
La honte commence tranquillement à perdre de sa force lorsqu’elle peut enfin être regardée avec humanité et nommée sans jugement.
Cela ne signifie pas que tout devient permis ou qu’il n’existe aucune responsabilité. Cela signifie plutôt qu’une personne peut commencer à mieux se comprendre au lieu de se combattre.
La sexualité comme chemin vers soi
La sexualité appartient au corps, au plaisir, à l’intimité, aux émotions, à l’attachement, à l’identité, aux besoins et aux valeurs.
C’est aussi pourquoi certaines personnes découvrent que leur sexualité mérite d’être explorée.
Dans certains cas, prendre le temps de mieux se comprendre dans sa sexualité permet, tranquillement, de retrouver une sexualité qui nous ressemble.
Ce processus demande souvent : temps, douceur, honnêteté.
Et surtout, suffisamment de sécurité et liberté pour aller au bout de soi-même.
Réfléchir autrement à sa sexualité
Nous vivons dans une époque où la sexualité est présentée comme libre… tout en demeurant profondément taboue.
Plusieurs apprennent quoi désirer avant même d’avoir appris à s’écouter.
Prendre le temps d’y réfléchir ne signifie pas rejeter ce que l’on a appris.
Cela peut parfois simplement vouloir dire
Ralentir. S'ouvrir. Ressentir. S'écouter. Retour à soi.
Le début est peut-être simplement ici
Pouvoir se questionner avec honnêteté et humanité. Parce qu’au fond, derrière certaines façons d’être, mon regard se porte vers l'être humain qui essaie simplement d'exister.
En terminant sur une note importante pour les personnes concernées par le rétablissement d'une dépendance. Ce processus touche bien plus que l’arrêt de substances lui-même : le corps, le plaisir, l’intimité, les émotions, les valeurs et la sexualité.
Et dans ce contexte, la sexualité mérite d’être abordée — pas en marge du rétablissement, mais au cœur de celui-ci.
Un espace existe.
— Karel
À propos de l'auteure
Karel Bélisle, Sexologue, membre de l'Ordre professionnel des sexologues du Québec (OPSQ) no permis : 202404-003. Je me spécialise au croisement de la sexologie et la dépendance (toxicomanie, alcoolisme, pornographie, sexuelle, affective, comportements compulsifs et intersection entre substances et sexualité). J'offre des consultations en présentiel à Montréal et en téléconsultation partout au Canada.