Dans notre société actuelle, la pornographie est partout. Accessible en quelques secondes, gratuite, illimitée et souvent normalisée. Pour beaucoup, elle reste une curiosité occasionnelle ou une pratique intégrée sans avoir réellement été questionnée. Pour certaines personnes, des questions silencieuses émergent : « Quelle place la pornographie occupe-t-elle dans ma vie? Est-ce que ma relation à celle-ci me ressemble réellement? ». Pour d'autres, lentement, quelque chose change. Ce n’est plus seulement du désir. Et souvent, cela commence en silence.
De se questionner sur la pornographie peut concerner tout être humain, en couple ou non, peu importe l'orientation sexuelle.
La liberté de penser par moi-même ma sexualité m'a fait du bien. L’objectif de mon article n’est pas de dire quoi penser de la pornographie à qui que ce soit. C'est plutôt d'ouvrir un espace de réflexion permettant à chacun de prendre position de façon libre et consciente face à celle-ci.
Parce que derrière l’usage de pornographie — ou son non-usage — il y a parfois bien plus qu’une sexualité.
Il y a :
- Une curiosité.
- Un automatisme.
- Une comparaison.
- Un inconfort difficile à expliquer.
- Une déconnexion.
- Un vide.
- Un questionnement qu’on ne s’était encore jamais vraiment formulé...
Vous me direz peut-être : « La pornographie n’est-elle pas simplement un média destiné à l’excitation sexuelle? » Et vous avez raison. Elle peut tout à fait s’inscrire dans une sexualité vécue de façon libre, consciente et choisie. La question n’est donc pas tant la présence de pornographie dans une vie sexuelle, mais plutôt la relation que l’on entretient avec celle-ci.
Mais comment savoir si mon usage ou non de pornographie me correspond réellement dans ma sexualité?
En tant que sexologue spécialisée en dépendance à Montréal, je reçois régulièrement des personnes qui portent cette question silencieuse depuis des mois, voire des années. Des personnes qui se sentent divisées intérieurement.
Parce qu’il existe une différence importante entre :
- un comportement choisi consciemment.
- un comportement qui nous éloigne de nous-même.
- et un comportement intégré sans avoir été réellement questionné.
Ce que ce n'est pas
Regarder de la pornographie ne fait pas de vous une personne anormale, brisée ou honteuse. La sexualité est une dimension humaine complexe, intime et profondément liée à notre histoire, nos besoins, nos émotions et nos valeurs. Chaque vécu sexuel est unique et influence notre rapport au plaisir. La curiosité sexuelle peut prendre différentes formes au cours de la vie. Son absence peut aussi parfois avoir un sens.
Cliniquement parlant, ce n'est pas la présence de pornographie qui définit un problème. Ce qui compte, c'est la relation qu'on entretient avec elle — et ce qu'elle fait à notre vie.
La question n’est donc pas simplement : « Est-ce que je suis normal-e de regarder de la pornographie? »
Mais plutôt :
« Quelle place la pornographie prend dans ma vie? »
« Est-ce que je me sens libre dans ma relation à celle-ci? »
« Est-ce que cela nourrit ma sexualité… ou est-ce que cela sert à apaiser ou à éviter quelque chose? »
Pour certaines personnes, la pornographie demeure un espace de plaisir ou d’exploration vécu librement. Pour d’autres, elle peut progressivement devenir un refuge émotionnel ou une source de détresse qui entre en conflit avec leurs besoins, leurs valeurs, leurs relations ou la façon dont elles se vivent intérieurement.
Ce n’est donc pas tant la présence ou non du comportement qui mérite de l’attention, mais la relation que l’on entretient avec celui-ci.
Ce qui mérite de l'attention
Il n'existe pas de grille parfaite, chaque vécu est unique. Mais certaines réalités reviennent souvent dans ma pratique clinique :
- Un refuge devenu prison.
- Ne plus choisir.
- Toujours plus.
- Relations compliquées.
- Honte.
Pourquoi la volonté seule ne suffit pas
La pornographie agit sur les circuits de récompense du cerveau de façon similaire à d'autres substances ou comportements addictifs. Chaque visionnement libère de la dopamine — l'hormone du « je veux plus ». Avec le temps, le cerveau s'adapte et nécessite une dose plus forte pour obtenir le même effet.
À cela s'ajoute souvent une dimension émotionnelle : la pornographie est utilisée pour apaiser quelque chose. Une anxiété. Une peur. Un manque d'intimité. Un mal-être diffus.
Cesser d’en faire usage, c'est souvent se retrouver face à ce qu’on tentait d’éviter, apaiser ou oublier, parfois même inconsciemment. C'est pourquoi la volonté seule est rarement suffisante. Ce n'est pas une faiblesse : c'est la nature même de la dépendance. Alors arrêter ne consiste pas seulement à cesser un comportement. C’est plutôt de regarder en face la souffrance d'un besoin plus profond que cachait le symptôme.
Et, il est possible de retrouver une relation plus douce et libre à soi-même et sa sexualité.
Quand ça touche aussi l'autre
En contexte de pornographie compulsive, rarement une seule personne en est affectée. Les partenaires vivent souvent de la trahison, de l'insécurité, une baisse de confiance en soi, et une déconnexion émotionnelle, affective et sexuelle.
Consulter en tant que couple peut être un espace précieux — non pas pour « blâmer » ou « guérir » l'un des deux. Plutôt pour ralentir, mettre des mots sur l’expérience humaine, comprendre ce qui se vit de part et d’autre, se rencontrer honnêtement et tenter de reconstruire la confiance et la sécurité.
Ce qu'il est possible de faire
La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de retrouver une relation plus libre, plus douce et plus consciente à soi-même et à sa sexualité.
Et cela peut se faire sans honte, sans jugement et sans avoir à être réduit à un comportement. En consultation sexologique, l’objectif n’est pas simplement « d’arrêter ». Mais de comprendre ce qui se joue derrière le comportement.
Ensemble, il est possible de :
- Mieux comprendre votre relation à la pornographie.
- Identifier ce qu’elle apaise, évite ou remplace parfois.
- Développer des repères et des stratégies adaptés à votre réalité.
- Traverser la honte avec plus de douceur.
- Retrouver une sexualité qui vous ressemble davantage.
- Reconstruire l’intimité avec vous-même ou avec votre partenaire.
Lorsqu'un comportement génère de la souffrance, du conflit intérieur ou de la distance relationnelle — c'est déjà suffisant pour mériter d'être entendu. Que vous soyez la personne concernée ou le-la partenaire à côté.
Vous n'avez pas besoin d’attendre d’être « au fond » pour consulter. Si c'est déjà douloureux, c'est déjà suffisant.
Un mot sur la honte
Elle ne fait pas de bruit. Elle s'installe tranquillement, et elle convainc qu'on est seul à vivre ça.
En couple, cela peut aussi affecter profondément le lien, le sentiment de valeur personnelle et la façon de se vivre dans l’intimité. Certaines personnes en viennent à douter d’elles-mêmes, pendant que d’autres portent difficilement la souffrance causée à la personne qu’elles aiment.
Et plus la honte grandit, plus le silence s’installe.
Derrière cette réalité, il y a un être humain qui a besoin d’être entendu.
Mettre des mots sur ce qui se vit, dans un espace sécuritaire et sans jugement, est souvent une première étape vers davantage de liberté intérieure. La vôtre.
Certaines informations présentées dans cet article s’appuient notamment sur les connaissances actuelles en sexologie, en psychologie et en neurosciences.
À propos de l'auteure
Karel Bélisle, sexologue, membre de l'Ordre professionnel des sexologues du Québec (OPSQ) no permis : 202404-003. Je me spécialise au croisement de la sexologie et la dépendance (toxicomanie, alcoolisme, pornographie, sexuelle, affective), comportements compulsifs et intersections entre substances et sexualité. J'offre des consultations en présentiel à Montréal et en téléconsultation partout au Canada.