Pornographie et sexualité : entre normes, doute et liberté | Karel Bélisle | Sexologue

Publié le 14 juin 2026 à 20 h 00
Réflexion nuancée sur la pornographie

Pornographie : et si la question était plus complexe qu'elle n'y paraît ?

Il existe des sujets sur lesquels presque tout le monde a une opinion… sans qu’on ait vraiment pris le temps de s’interroger sur la nôtre. La pornographie en fait souvent partie.

On en parle beaucoup. On la juge, on la défend, on la critique, on l’utilise ou on s’en éloigne. Mais plus rarement, on s’arrête pour observer ce qu’elle représente vraiment pour soi.

Et peut-être que la question n’est pas tant de savoir ce qu’il faut penser de la pornographie… Mais plutôt de comprendre ce qu’on pense déjà — parfois sans s’en être rendu compte.

J’ai conçu cet article parce qu’à une époque de ma vie, il aurait été très utile pour moi de le lire.

Malgré une apparente liberté sexuelle, la sexualité demeure profondément taboue. Et dans ce silence, des questionnements existent cherchant parfois des réponses là où elles peuvent se trouver.

Dans notre société actuelle, la pornographie est omniprésente.

Avec les années, comme sexologue, une chose est devenue claire pour moi : la pornographie suscite rarement l’indifférence. Même lorsqu’elle est revendiquée, cette indifférence révèle quelque chose.

Pour certains, elle représente un espace de plaisir, de curiosité et d’exploration. Pour beaucoup, elle est une pratique intégrée sans avoir été réellement questionnée. Pour d’autres, elle évoque de la gêne, de la honte, du malaise ou des désaccords profonds. Parfois, elle devient une habitude, une comparaison ou encore une source de conflits intérieurs.  Tandis que pour d’autres, elle peut aussi représenter une source d’apprentissages et de découvertes de ses désirs.

Entre ces expériences, une multitude de réalités coexistent.

Pourtant, on prend rarement le temps de réfléchir à ce que la pornographie représente vraiment pour soi.

C’est ce constat qui m’a amenée à écrire.

La liberté de penser par moi-même ma sexualité m’a fait du bien. Et c’est cette liberté que je souhaite partager ici.

Parce que derrière l’usage de pornographie — ou son non-usage — il y a parfois bien plus qu’une sexualité…

Ce n’est pas, en soi, une expérience unique pour tous. Elle prend le sens que l’on construit avec elle, et ce sens peut évoluer au fil du temps, selon ce qui a été appris et les expériences de vie.

La pornographie est un média conçu pour l’excitation sexuelle. Comme le cinéma, les réseaux sociaux ou la publicité.

Et comme tout média, elle met en scène certaines dimensions, et en laisse d’autres dans l’ombre. Ce qui est visible n’est qu’une partie de l’histoire.

Et souvent, cela suffit à créer des impressions très fortes sur ce que devrait être la sexualité.

Ce qu’elle montre et ce qu’elle ne montre pas n’est pas nécessairement une vérité ou une erreur. C’est une construction menant à un résultat.

Et derrière ce résultat, il y a plusieurs étapes :

  • Communications préalables
  • Consentement et négociation des limites
  • Vulnérabilité, hésitations et maladresses
  • Ajustements en cours d’expérience
  • Création du scénario
  • Montages vidéo
  • Angles de vue
  • L'usage de substances

Ce ne sont pas des éléments « pour juger » la pornographie, plutôt un rappel que ce que l’on voit ne représente pas la réalité complète de l’expérience humaine de la sexualité. 

Les gens regardent parfois la pornographie pour répondre à des questions qu'ils n'osent poser à personne.

  • Suis-je normal-e ?
  • Mon corps est-il normal ?
  • Mon désir est-il normal ?
  • Mon plaisir est-il normal ?

Et lorsque nous ne sommes pas conscients des nuances entourant la pornographie, plusieurs repartent avec davantage de doutes ou inconforts que de réponses.

Il n’y a pas une seule façon de se positionner face à la pornographie.

Mais il y a peut-être un point de départ commun :

prendre conscience de sa propre expérience.

  • Qu’est-ce que cela me fait?
  • Qu’est-ce que cela nourrit en moi?
  • Qu’est-ce que cela éveille en moi?
  • Et qu’est-ce que cela éteint parfois?

Il ne s’agit pas ici de prendre la « bonne » position.

Il s’agit de remarquer la vôtre.

Et de voir ce qu’elle vous apprend sur vous-même, votre sexualité, et la liberté avec laquelle vous la vivez.

 

-  Affectueusement, Karel

À propos de l'auteure

Karel Bélisle, Sexologue, membre de l'Ordre professionnel des sexologues du Québec (OPSQ) no permis : 202404-003. Je détiens une expertise au croisement de la sexologie et les dépendances. J'offre des consultations en présentiel à Montréal et en téléconsultation partout au Canada.